jeudi, mars 30, 2017

Militants FNL tués continuellement

Catégorie : NEWS

Militants FNL : Hier et aujourd’hui traqués, torturés et tués pour leur appartenance politique, par Elyse NGABIRE sur blogs.mediapart.fr

 

Impossible aujourd’hui de compter des militants des Forces Nationales de Libération assassinés chaque jour. Aimé Magera, porte-parole des FNL et d’Agathon Rwasa, premier vice-président de l’Assemblée nationale, se dit dépassé. Face à toutes les exactions commises envers leurs militants, il prend pour témoins le peuple burundais et la communauté internationale.

On peut sentir la tristesse dans la voix d’Aimé Magera, porte-parole d’Agathon Rwasa. Aucun jour, raconte-t-il, ne passe sans que leurs compagnons de lutte ne sont soit arrêtés, soit torturés, soit assassinés. Leur seul péché, poursuit M. Magera : avoir adhéré au parti de Gahutu Rémy, fondateur du premier mouvement pour la libération du peuple hutu.

Sa tristesse, explique-t-il désemparé,  est à l’origine du triple assassinat de Serges Mpawenimana, 31 ans, de Vincent Nshimirimana, 30 ans, tous militants des FNL ainsi que d’Oscar Nsengiyumva, un adolescent de 15 ans, étranger à la politique.

Nous sommes samedi, 14 janvier sur la colline de Jimbi (secteur Rweza), non loin du monument de l’Unité nationale et du mausolée du Prince Louis Rwagasore, à l’est de la capitale burundaise.

Sur cette colline marquée par des rivalités entre militants du parti présidentiel (minoritaire) et ceux de la première force de l’opposition politique burundaise, le FNL (majoritaire), la tension monte.

D’après des habitants interrogés, qui ont préféré garder l’anonymat pour leur sécurité, ce triple assassinat a été commis par des jeunes du parti présidentiel appelés Imbonerakure, en collaboration avec certains policiers de la position de Sarongo et Sororezo, deux localités voisines. Selon nos sources, ils seraient à la recherche de deux individus qui venaient récemment de quitter le parti présidentiel au profit du FNL d’Agathon Rwasa lorsqu’ils sont tombés sur Mrs. Mpawenimana et Nshimirimana.

Pour nos sources, cela a été une ‘bonne’ coïncidence car c’étaient bel et bien ces deux jeunes gens qui étaient dans le collimateur du parti présidentiel.

Ils leur ont intimé l’ordre de se coucher par terre, confient-ils, avant de procéder à la vérification de leurs identités et d’ouvrir le feu sur eux. Leur troisième victime, sera ce jeune adolescent. Une façon de fausser les enquêtes en effaçant toute trace. L’adolescent, précisent toujours nos sources, aurait assisté à la scène. 

En plus du triple assassinat, six arrestations

Le parti FNL n’avait pas encore terminé de pleurer et d’enterrer ses militants lorsque le lendemain matin, des agents du Service National des Renseignements (SNR) dont un certain Léonidas alias Facebook procèdent à une vague d’arrestations. Six personnes sont embarquées manu militari. Il s’agit de : Masabaraga Diomède (détenu), habitant aux environs du lieu du crime et également soupçonné d’être le témoin oculaire de cet horrible acte ;  Nkurunziza Thierry, président du parti FNL en commune Kanyosha ; Nsengiyumva Gérard, Habonimana Christian, Bigirimana Helménegilde alias Kigoma et Ngarukiyintwari Jean Yves Robert.

Aimé Magera indique qu’ils  sont détenus dans les cachots du SNR où ils sont soumis à des traitements inhumains, dégradants voire à l’extrême torture.

En outre, le porte-parole des FNL et d’Agathon Rwasa regrette que les familles des victimes ne soient pas autorisées d’inhumer les leurs dans la dignité : « La police a exigé un enterrement en catimini laissant un doute quant à la motivation d’un tel geste. »

Le parti FNL en a le ras-le-bol. « Quand est-ce que le pouvoir Nkurunziza arrêtera-t-il de nous massacrer ? », se demande Aimé Magera, inquiet plus que jamais.

La mort dans l’âme, il lâche : « Le parti FNL prend la communauté nationale et internationale à témoin et demande au gouvernement burundais d’en assumer toutes ses responsabilités. »Et de recommander aux Burundais, d’en tirer les leçons qui s’imposent : ne jamais céder à la peur et demeurer sereins. Aux militants et sympathisants FNL, Aimé Magera exhorte la vigilance.

Pour rappel, depuis 2005, date à laquelle le Cndd-Fdd a pris le pouvoir, le parti FNL a perdu plusieurs milliers de militants. Dans les derniers trois mois seulement, Aimé Magera dresse un bilan de plus de 150 personnes arrêtés, torturés puis tués. Ces chiffres inquiètent.

Quand Human Right Watch confirme la responsabilité des Imbonerakure et du pouvoir

Dans un rapport sorti ce 19 janvier 2017, l’organisation HRW publie que des attaques sont perpétrées par des membres de la ligue des jeunes du parti au pouvoir connus sous le nom d’Imbonerakure. Selon ce rapport, ils ont brutalement tué, torturé et sévèrement battu des dizaines de personnes à travers le pays au cours des derniers mois.

Les meurtres et autres mauvais traitements, poursuit ce rapport, reflètent l’impunité généralisée dont bénéficient les membres des Imbonerakure. Au cours des trois derniers mois, des membres des Imbonerakure, stipule toujours le rapport, ont utilisé des gourdins pour battre à mort un garçon de 15 ans, ont planté un couteau dans l’œil de l’une des victimes, le rendant aveugle, attaqué d’autres personnes à coups de couteau, ont également établi des barrages routiers non officiels dans plusieurs provinces, parfois détenant et battant des passants, et leur extorquant de l’argent ou volant leurs biens.

Human Right Watch déplore la réticence du gouvernement à poursuivre ou à contrôler ce groupe : « Des Burundais vivent dans la peur de la prochaine attaque, craignant de parler pour dénoncer les meurtres, les tortures et autres abus. » Et Ida Sawyer, directrice pour l’Afrique centrale àHumanRights Watch de prévenir tous ceux qui tuent, torturent soutenus par quelques autorités du pays : «  Vos actions ne restent pas sans conséquences. »En effet, elle demande à l’ONU d’imposer des sanctions ciblées.

Interrogée par Human Right Watch, Nancy-Ninette Mutoni, commissaire chargée de la communication au sein du parti présidentiel, explique que les Imbonerakure participent à des « comités mixtes »comprenant :   des habitants, des autorités, des agents administratifs et des membres des forces de sécurité dans le seul but d’assurer la sécurité.

Comme pour légitimer leurs ignobles actions, Mme Mutoni ajoute que dans ces comités, les Imbonerakure « ont non seulement le droit mais également le devoir de surveillance, de signaler tout mouvement et actes suspects aux forces de l’ordre. Sauf que dans la plupart des cas, ils se substituent à ces derniers contrairement à la loi régissant les corps de défense et de sécurité.